Critique Un Train Pour Durango

Publié le par Avenue De L'Horreur

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Réalisé par : Mario Caiano
Scénario de : Duccio Tessari, José G. Maesso
Acteurs : Anthony Steffen, Enrico Maria Salerno, Mark Damon, Dominique Boschero, Roberto Camardiel, José Bodalo
Année de production : 1968
Date de sortie en DVD/Bluray en France : 7 mai 2013 (Artus Films)
Date de sortie au cinéma en France : 26 février 1969
Pays : Italie
Saga : -

Synopsis

Au Mexique, Gringo et Lucas voyagent en train jusqu’à Durango pour se rendre ensuite aux Etats-Unis, et tenter d’y faire fortune. Alors que Gringo séduit la belle Hélène, le train est attaqué par des bandits à la solde du révolutionnaire Lobo. Les bandits font un carnage, emportent un coffre-fort ainsi qu'Hélène. Etant en possession de la clé du coffre, les deux amis se lancent à la poursuite du magot… et de la belle !

 

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Avis de Bikinikill

Deuxième fournée dans la série des western européens à tendance spaghetti pour Artus Films qui nous livre ici la bobine restaurée d'Un Train Pour Durango, jusque là introuvable dans nos contrées, mis à part en Allemagne et en Italie.

Tout comme Joe L’Implacable d'Antonio Margheriti, Un Train Pour Durango va aussi jouer la carte de la légèreté et de l'humour, afin de changer un peu la donne du western spagh' sombre et violent, qui battait le pavé dans la seconde partie des 60's.
Mais à la différence de Margheriti, Mario Caiano va s'appuyer sur un scénario en béton armé de Duccio Tessari et José G. Maesso, savamment pensé pour la comédie et l'action.

QUAND LE CLINT EASTWOOD ITALIEN RENCONTRE SA VOIX…

De fait, à l'inverse de Joe L’Implacable, Un Train Pour Durango ne se retrouve pas le cul entre deux chaises et rentre ouvertement et de plein pied dans une gaudriole très prégnante parfaitement assumée et superbement amenée. Pour ce faire, il faut bien avouer que le duo Gringo (Anthony Steffenn) / Lucas (Enrico Maria Salerno) fonctionne à merveille et nous gratifie d'excellents moments (la scène du piment, le jeu de la mort…), en jouant beaucoup sur les situations (la recherche d'informations auprès des peones pour trouver le QG de Lobo) mais aussi sur des répliques bien senties.
La star de l'époque ès western, Anthony Steffenn (considéré comme LE Clint Eastwood italien) excelle dans le registre comique, et offre d'ailleurs au spectateur une jolie prestation qui dévoile un pan de sa personnalité qu'on ne lui connaissait pas forcément (on l'a souvent vu dans des rôles de cow-boys vengeurs, implacables, taciturnes, solitaires… et monolithiques !). Ici, l'homme déroule un réel talent, sans jamais cabotiner ni en surjouer la comédie… de toute façon, Mario Caiano veille au grain dans sa direction d'acteurs !
De son côté, Enrico Maria Salerno (LA voix officielle de Clint Eastwood de l'autre côté des Alples) réussit aussi une belle prestation dans un rôle de vieux roublard, qui n'est pas sans rappeler celle d'Eli Wallach (Tuco dans Le Bon, La Brute Et Le Truand). Lui aussi est tout en justesse dans son approche de la comédie, et démontre un très beau potentiel d'acteur (on le retrouvera d'ailleurs quelques temps plus tard, dans un registre beaucoup plus sombre au travers du giallo Execution Squad).
Et mine de rien, ce duo-là préfigure un autre tandem célèbre : Bud Spencer et Terence Hill, mais en beaucoup plus finaud et moins too much. Il est d'ailleurs à noter qu'Enzo Barboni, le directeur de la photographie d'Un Train Pour Durango, deviendra plus tard le réalisateur / scénariste de la série des Trinita

DES SECONDS COUTEAUX QUI ONT DE LA GUEULE

Bref, ce film-là prend le total contre-pied des westerns de l'époque en jouant à fond la carte de l'humour, mais il la joue bien. On aura aussi droit à pas mal d'alternances entre la comédie et l'action (les gunfights ravageurs à la limite du carnage), et le rythme de l'ensemble parviendra sans peine à capter l'intérêt du spectateur du début à la fin. Joli coup !
A ce titre, Mario Caiano a parfaitement su diriger ses acteurs pour garder une belle dynamique, et s'est même payé le luxe de faire appel à toute une pléiade de seconds couteaux du western spaghetoche italien, habitués au genre et tous pétris de talent (citons en vrac ces bonnes vieilles trognes que sont Tito Garcia, Francisco Nieto, J. Manuel Martin ou l'excellent José Canalejas).
Le réalisateur a réussi haut la main à mélanger les genres pour au final, nous gratifier d'Un Train Pour Durango racé et ô combien bien ficelé, le tout sur une toile de fond de révolution mexicaine plutôt bien amenée.

Evidemment, on remarquera ici et là quelques emprunts plus ou moins appuyés à l'univers de Sergio Leone, notamment dans la superbe photographie d'Enzo Barboni ou dans les ambiances poisseuses et suintantes.
Ceci étant, Un Train Pour Durango tire aisément son épingle du jeu, car en plus de son ton léger remarquablement bien maîtrisé, il possède une forte identité dans ses approches artistiques, et son score pour le moins… original.
En effet, Carlo Rustichelli va reprendre à son compte quelques thèmes du classique pour les remettre à sa sauce et faire de sa partition un élément quasi-indissociable du côté ouvertement décalé du film (on aura droit au thème de Guillaume Tell de Ludwig Van Beethoven à l'envers, à des emprunts à Les Quatre De L'Avé Maria et même à un gimmick directement issu du Fantasia de Disney !). C'était osé, mais ça marche plutôt bien !

Que dire de plus ? Même après quarante-cinq ans au compteur, Un Train Pour Durango possède toujours autant d'atouts imparables et de charme. N'hésitez pas à vous lancer dans l'aventure et de prendre vos billets pour ce film remarquable du début à la fin !
Allez hop ! En voiture, Simone !

 

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