Critique Le Retour Des Morts Vivants 3

Publié le par Avenue De L'Horreur

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Réalisé par : Brian Yuzna
Scénario de : John Penney
Acteurs : Kent Mccord, James T. Callahan, Sarah Douglas, Melinda Clarke, Abigail Lenz
Année de production : 1993
Date de sortie en DVD/Bluray en France : 1 octobre 2001 (Seven 7)
Date de sortie au cinéma en France : 10 Août 1994
Pays : Etats-Unis
Saga : Le Retour Des Morts Vivants

Synopsis

Curt est le fils du colonel Sinclair, un scientifique qui a dédié sa vie à un étrange projet de recherche. Julie est une splendide adolescente dont Curl est éperdument amoureux. Quand Julie meurt dans un accident, Curt utilise le projet de son père pour la ramener à la vie...

 

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Avis de Opyros

 

Le Retour Des Morts-Vivants 3. Disons-le tout net, à la lecture du titre on pourrait craindre une énième série b, voire z, calibrée et mal finie. Puis on voit le nom de Brian Yuzna à la réalisation.
Ce producteur/metteur en scène a connu son heure de gloire dans les années 80, avec des films comme Society (oui, oui 1989 c'est encore les années 80) ainsi qu'avec son comparse Stuart Gordon avec lequel il collabora sur Re-Animator, From Beyond ou encore Dolls. On s'attendrait donc eu égard aux antécédents du bonhomme, à du gore mâtiné d'un humour plus que douteux (pour notre plus gros plaisir).

De plus, la franchise elle-même, s'est faite une sacrée réputation avec ce mélange de gore et d'humour. Mais notre ami Yuzna en a décidé autrement.

Au menu, rien de moins qu'une histoire d'amour à la sauce zombie avec un ton résolument sérieux. Il est bon de préciser que le métrage était une commande, avec comme exigence de fabrication d'être finalisé assez vite. Précisons également qu'à la même époque, Yuzna avait sur le feu un autre projet, Necronomicon, un film à sketches d'inspirations Lovecraftiennes, qu'il produisait et réalisait en partie.

Les conditions de mise en chantier de cet opus n'étaient donc pas optimales et cela se ressent beaucoup dans certains aspects de Return Of The Living Dead 3, mais nous y reviendrons...

Le Retour Des Morts-Vivants 3 raconte l'histoire d'un couple, Julie (Melinda Clark) et Curt (J. Trevor Edmond), dont l'esprit rebelle pousse à aller fouiner dans une base militaire qui se livre à des expériences sur des morts ramenés à la vie grâce à une substance, la Trioxine. Il s'avère que c'est le père de Curt qui chapeaute ses expériences, mais ce dernier est relevé du commandement du projet à la suite d'une démonstration qui tourne mal (celle dont le jeune couple a été le spectateur).

Papa Curt, militaire et autoritaire, annonce à son fils qu'il a été muté. Le jeune amoureux transi refuse d'abandonner sa belle, surtout pour un père dont le nouvel habit de nécromancien ne lui plaît pas franchement. Et voilà déjà ces deux jeunes gens aux velléités libertaires, avaler l'asphalte sur une moto. Un accident plus tard, et devant la mort de sa dulcinée, Curt décide de ramener sa belle à la vie à l'aide de cette substance miracle.
Expériences qui tournent mal et zombies, voilà une recette déjà bien éculée. Mais l'originalité du film est d'avoir comme épicentre de sa narration la "zombification" de Julie et les problèmes que cela peut poser concernant son couple.

Au niveau de sa fabrication, le film est très inégal. Il souffre d'un manque flagrant de budget et certains décors apparaissent assez pauvres. Les effets gores, quant à eux, s'en sortent heureusement plutôt bien dans l'ensemble, malgré cette faiblesse pécuniaire. Les séquences d'hémoglobine sont assez bien maîtrisées pour la plupart. Yuzna n'étant pas à son coup d'essai en la matière, on sent qu'il prend un réel plaisir à filmer toutes ces tripailles. Quant au reste de la mise en scène, concernant les séquences non sanguines, il n'y a pas grand-chose à en dire : fonctionnelle et sans éclat, au mieux.
Mais le plus gros point noir du film reste son script (ou du moins ce qui en ressort à l'écran) qui collectionne les incohérences et autres énormités factuelles (une base militaire aussi bien gardée que le festival de la saucisse ; des "situations fonctions" où les personnages essaient de trouver tant bien que mal une justification pour aller à un endroit précis, etc). Le long métrage se voulant sérieux, cet amas de coquilles devient indigeste par moment.

La vraie réussite du film tient dans la transformation de Julia. On suit pas-à-pas sa zombification, ainsi que son désespoir lié à ce changement. Car Julia est pleinement consciente de ce qui lui arrive. Elle sent une faim inhumaine la tirailler. La seule chose pouvant lui faire oublier la faim étant la douleur, elle commence donc à se scarifier. Mais bientôt ces petites coupures qui pouvaient la calmer, laissent place à des sévices de plus en plus "extrêmes" (pas dans le sens visuel ou gore, mais dans l'aspect symbolique).
De plus le personnage bien que faisant montre de quelques désirs morbides ne devient pas à l'image du zombie standard : laid comme un cul (passez-moi l'expression). La Julia zombifiée dégage quelque chose d’éminemment érotique.
Yuzna a réussi à incarner visuellement ce paradoxe, entre répulsion et tension sexuelle. Julia va jusqu'à loger des morceaux de verres un peu partout dans son corps, enfoncer des pièces de métal au bout de ses doigts ou dans le creux de sa main. Pourtant, ce corps mutilé n'en demeure pas moins attirant. On pourrait évoquer une synthèse entre eros et thanatos.

La manière dont est mise en scène l'arrivée de cette Julia transformée va dans ce sens. On voit une porte close s'ouvrir et Julia se tenir dans son embrasure. Elle commence alors à bouger son corps de manière lascive. Un des malfrats présents "s'éprend" de la douce et décide d'aller "l’honorer" dans la pièce d'à côté.
On voit alors cette fameuse porte se refermer. S'en suit plusieurs plans dont un de la porte close ponctué de cris divers et variés. La porte se rouvre finalement pour laisser voir Julia traîner le corps en très mauvais état dudit malfrat. L'aspect sensuel laisse place à la dimension destructrice du personnage.
Cette tension entre eros et thanatos est donc symbolisée par cette double séquence où la porte révèle d'abord une créature sensuelle bien qu'inquiétante, pour ensuite livrer cette même créature en proie à ses désirs morbides et meurtriers. Le spectateur est lui-même confronté à cette contradiction. Il peut être attiré comme révulsé par cette femme fatale (dans tous les sens du terme), qui d'un côté, lutte réellement contre ses appétences anthropophagiques et tente de préserver son compagnon, mais peut se révéler tout aussi meurtrière et "inhumaine".

Le Retour Des Morts-Vivants 3 est donc un film à voir, bien qu'il souffre de grosses lacunes. Certaines scènes illustrant la transformation de Julia sont réellement marquantes en ce sens qu'elles renvoient le spectateur à lui même et à la manière dont il appréhende ce personnage. Rarement on aura eu l'occasion de voir un personnage féminin zombifiée dépositaire d'une telle dualité entre désir et horreur. Ce métrage qui rompt quelque peu avec le tout venant du film de zombie mérite qu'on y jette un œil, voire même les deux.

 

3.5
REAGIR

 

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