Critique Le Fier Rebelle

Publié le par Avenue de l'horreur

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Réalisé par : Michael Curtiz
Scénario de : Joseph Petracca, Lillie Hayward
Acteurs : Alan Ladd, Olivia de Havilland, Dean Jagger, David Ladd, Harry Dean Stanton
Année de production : 1958
Date de sortie en DVD/Bluray en France : 2 avril 2013 (Artus Films)
Date de sortie au cinéma en France : 10 avril 1959
Pays : Etats-Unis
Saga : -

Synopsis

A la fin de la guerre de Sécession, John Chandler parcourt le pays en quête d’un médecin qui pourrait soigner son fils David, que le choc provoqué par la mort de sa mère a rendu muet. Dans une petite ville, il se bat contre les fils d’un riche éleveur, Burleigh. Il est alors aidé et recueilli par Linnett Moore qui le fait travailler dans sa ferme. Mais les fils Burleigh vont revenir provoquer John…

 


Avis de Bikinikill

En matière de cinéma, on ne peut pas dire qu'Artus Films se moque des cinéphiles !
Ainsi, après avoir sorti récemment quelques petites pépites du cinéma bis comme Ogroff Mad Mutilator, Venus In Furs ou bien Le Cimetière Des Morts-Vivants, voilà que l'éditeur revient doucement mais sûrement vers le western, en complétant sa collection des grands classiques initiée l'année dernière avec Fort Invincible (le terriblement malsain western Chacun Pour Soi édité il y a quelques mois, ne rentre pas dans la case "classique"…).
Cette fois-ci, Artus Films nous a dégoté un petit western de la fin des 50's intitulé Le Fier Rebelle, un film atypique qui a connu un énorme succès outre-atlantique et même en France...

En 1958, le réalisateur Michael Curtiz a soixante-douze ans ainsi que toute une ribambelle de films derrière lui - et non pas des pas des moindres - avec entre autres Casablanca, Mildred Pierce, Comancheros, Masques De Cire, Docteur X ou bien Le Mort Qui Marche
Et malgré son âge avancé et une fin de carrière marquée par une petite perte de vitesse artistique depuis son éviction de la Warner, le metteur en scène compte bien prouver à la jeune garde qu'il possède encore un sacré savoir-faire en cette fin des 50’s au travers du western Le Fier Rebelle, adapté du roman "Le Journal De Linnett Moore" de James Edward Grant.
Pour ce faire, il va faire appel à Alan Ladd, l'ancien fer de lance du film d’aventure ricain dans les 40’s (Le Dahlia Bleu, Tueur A Gages…), un acteur en grosse en perte de vitesse durant cette période, ainsi qu'à la belle Olivia De Havilland qu’il a déjà dirigée dans quelques films comme Capitaine Blood, Les Aventures De Robin Des Bois ou bien La Charge Fantastique. Le tout sera emballé sous la houlette de Samuel Goldwyn Jr..

Bref, dire que la mise en chantier du Fier Rebelle ne passionne pas les foules en cette année 1958 serait un doux euphémisme. De plus, sa trame de fond ouvertement larmoyante, loin des guns fights endiablés de la belle époque de la conquête de l'ouest, ne joue pas en sa faveur et lui donne même une position d'outsider, limite has been.
Jugez plutôt : John Chandler, un ancien sudiste durant la guerre de session, se rend dans le nord du pays afin de trouver un docteur qui pourra soigner son fils David, devenu muet après avoir vu sa mère mourir durant la guerre. Le père et le fils sont accompagnés par leur fidèle chien de berger, Lance, qui attire l'attention de deux éleveurs de la région qui tentent de se l'approprier, ce qui provoque une bagarre. Déclaré coupable par le juge, John Chandler va devoir purger une peine de prison, mais Linnett Moore, une fermière célibataire, qui se prend d'affection pour David, embauche John afin qu'il travaille pour elle. Une durable relation d'amitié va unir Linnett et David, cette dernière n'étant pas non plus insensible au charme de John. Tout irait pour le mieux si la famille d'éleveurs ne venait chercher querelle à Linnett afin qu'elle leur vende sa ferme...

Bon, on ne peut pas dire que le Fier Rebelle soit un western pur et dur dans la veine de classiques du genre qui enchaînent duels, bagarres de saloon et tirs de pistolet dans tous les sens… Non, le parti pris de Michael Curtiz et du duo de scénaristes Joseph Petracca / Lillie Hayward, c'est d'adapter le roman de James Edward Grant et de mettre en avant une très forte relation père / fils au lendemain des ravages de la guerre de sécession. Alan Ladd fait donc figure de héros exemplaire, un peu dans la lignée de Shane dans L’Homme Des Vallées Perdues, mais avec des angoisses de père de famille prêt à tout pour faire soigner son fils. Et cette ambivalence dans son personnage de rebelle sudiste va donner un souffle dramatique au Fier Rebelle
Qui plus est, c'est le véritable fils d'Alan Ladd, David Ladd qui va jouer le rôle du petit garçon muet. Mine de rien, c'est cette réelle filiation père / fils qui donne toute sa force au film (notamment dans les regards), superbement mise en image par le talent de Michael Curtiz (les cadrages, le jeu des ombres...).

Difficile, à partir de là, de ne pas être touché par cette histoire à la fois si simple et si compliquée (la lente relation amoureuse entre John et Linnett, l'agressivité des Burleigh…), auréolée par la belle musique de Jerome Moross et par la superbe photographie de Ted McCord.
Du côté du casting, si le couple Alan Ladd / Olivia De Havilland crève l'écran, c'est le jeune David Ladd qui va faire sensation au travers d'une si étonnante prestation dans son rôle d'enfant muet, que pas mal de spectateurs de l'époque ont cru qu'il était vraiment atteint de mutisme ! Son interprétation lui permettra d'ailleurs même d'obtenir un Golden Globe l'année suivante…
De plus, les seconds rôles tiennent eux aussi la route, car Dean Jagger, Dean Stanton et Tom Pittman sont incroyables au sein de la famille Burleigh…
Bien sûr, Le Fier Rebelle n'évite pas certains poncifs inhérents à son scénario (la méchanceté des propriétaires terriens, le héros au cœur pur…) et à certaines lenteurs, mais force est de constater que ce western possède une réelle singularité qui lui donne une indéniable plus-value (la scène dans laquelle David cherche son chien vendu par son père afin de pouvoir lui payer une opération des cordes vocales…) et qui lui fait dépasser son propre cadre de "simple" western…

En définitive, malgré son approche atypique romatico-dramatique en forme de fresque familiale qui préfigurerait presque La Petite Maison Dans La Prairie, Le Fier Rebelle s'avère être un film d'une redoutable intensité et maîtrisé de bout en bout, autant sur le fond que sur la forme.
Véritable succès au box office américain et européen, ce long métrage va redonner un second souffle à la carrière d'Alan Ladd (on le retrouvera à l'affiche de L'Homme Dans Le Filet, Les Marines Attaquent ou bien Tonnerre Sur Timberland, ainsi qu'à la production de nombreux longs métrages) et redorer le blason du réalisateur Michael Curtiz qui signe ici l'un des plus beaux films de sa fin de carrière, même s'il est peu connu du grand public…


3.5

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