Carpenter, Hawks et les Westerns

Publié le par Avenue de l'horreur

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QuentinD, notre nouveau chroniqueur nous livre une belle analyse de l'oeuvre et de l'inspiration de John Carpenter!

 

Pour une écrasante majorité des fans de fantastique et d’horreur, le seul nom de John Carpenter suffit à inciter à se précipiter au visionnage des films signé du réalisateur, tant ce monsieur est synonyme de qualité.
« Signé » n’est pas un mot anodin, puisque si l’on y prend garde on constate que chacun de ses titres de films est précédé de son nom à la manière du marque de fabrique : « John Carpenter’s ».
En sous texte on y lit la volonté ferme du réalisateur de contrôler ses films du début à la fin, d’assumer entièrement leurs contenus.
Il en écrit les musiques, en fait les montages, et les produits.
Cette marque de fabrique « John Carpenter’s » est emprunté à son réalisateur préféré : Howard Hawks, icône des westerns des 50’s.

 

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Or Carpenter est un fondu de western. Il le dit lui-même « Je suis entré dans ce business pour faire des westerns ».
Regarder du Carpenter sans connaître sa passion pour les westerns et notamment ceux d’ Howard Hawks c’est un peu comme regarder les Star Wars sans connaître la passion de Lucas pour les courses de voitures…on comprend mais on passe à coté de beaucoup de subtilités qui ont conduits au résultat qu’on a sous les yeux.
Howard Hawks réalisa à ses début le Scarface que reprit à la sauce cubaine 80’s Brian De Palma, ainsi que de nombreux westerns dont :
La rivière rouge (1948 - le premier choc cinématographique de Carpenter) mais aussi Rio Bravo (1959) et ses deux remakes par Hawks lui-même : El Dorado (1966) et Rio Lobo (1970).
A noter également que le cultissime The Thing de Carpenter est un remake de The thing from another world réalisé en 1951 là encore par Hawks.
John Carpenter, ou Big john pour les intimes, a le même goût du cinémascope que Hawks.
Ce procédé de prise de vues et de projection consiste à anamorphoser (comprimer) l'image à la prise de vue, pour la désanamorphoser à la projection de manière à avoir une image très large qui s’adapte parfaitement aux westerns et ses grandes étendues.
Carpenter lui l’utilisera pour étendre le monde dans lequel évoluent ses personnages et donc en multiplier les lieux d’où peuvent surgir le danger.
Qu’il s’agisse d’Halloween et ses vastes rues résidentielles où Michael Myers peut surgir à tout moment, les ruines de Manhattan ou de Los Angeles dans lesquels ère Snake Plissken dans New York 1997 et Los Angeles 2013, les couloirs de l’asile dans l’Antre de la folie, les plaines glacées du cercle polaire dans The Thing les étendues désertiques de Vampires, ou encore les canyons et galeries hantées de Ghosts of Mars. Autant de larges espaces où la menace rôde mettant les individus sont menacés.

 

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Les heros de the thing dans l'immensité polaire

 

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Réglement de Compte à Croquez Corral...

 

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Le cinemascope permet de cacher des dangers partout...vraiment partout !


Si John Carpenter aime autant le cinémascope c’est aussi parce qu’à l’inverse, quand le cadre se resserre sur le personnage, la sensation d’enferment, et donc l’angoisse, n’en sont que plus palpables.
Si vous observez Halloween par exemple, le début du film montre les vastes rues d’ Haddonfield et ses lycéennes/baby sitters, puis on pénètre dans les maisons, puis on entre dans les chambres à coucher pour au final se retrouver dans un placard dans lequel Jamie lee curtis est acculée.

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Plans larges sur les rue de Haddonfield au début de Halloween

 

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un peu plus à l'étroit la Scream Queen...


La quintessence de ce repli sur soi même pour échapper au danger apparaît dans le film somme de Carpenter Ghosts of Mars.
La vaste planète rouge et ses canyons sont maudits, ses colons se sont faits décimés, et les rares survivants sont cloîtrés. Un bel effort mais en vain, dans ce films le mal ne rode pas autour, il rentre en vous !
Mais qu’il est fort ce John !
Autre grand point commun avec Howard Hawks et les westerns : le récit avance grâce à l’action physique des héros.
Carpenter, comme dans les westerns, met en scène des bonhommes, des vrais, des durs, qui se fraient leur chemin à coup de tatanes dans la tronche et de pruneaux dans le buffet.
Snake Plissken, LE cowboy de Carpenter, à un timing a respecter s’il ne veux pas mourir, et la seule manière dont il le respecte, c’est en cognant…et ça marche !
Idem pour Assaut, Jack Burton , invasion Los Angeles,Vampires ou Ghosts of Mars.
Si les héros de Carpenter ont tous des profils d’anti héros ou de repris de justice, c’est que de l’aveu de Carpenter, dans les westerns ce qu’ils préféraient c’était le coté bad boys sans foi ni loi des méchants, bien plus intéressants que les héros trop lisses (tout comme sergio Léone avait en son temps encrassé le jeune et lisse clint eastwood issu de la serie western "Rawhide" pour en faire un voyou barbu interessé par l'argent)

 

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Rio Bravo/ Assaut, même combat de bonhomme !



La preuve la plus évidente des ce penchant est présente dans ses films les plus récents : Vampires où le chasseur incarné par James Woods, n’est que bien peu différent de Valek, le big boss des Vampires, et dans Ghosts of Mars où l’intrigue des martiens reprenant leurs terre volées par les colons américains masque à peine la métaphore du combat des indien contre les cowboys des westerns classiques..

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Dean Martin dans Rio Bravo, Le héros alcoolique , cowboy loser auquels ressemble fort Snake plissken, et nombres de heros de Carpenter.

 

Dans ces deux films là encore on est dans des westerns et on avance à coup d’arbalète ou de shotgun dans les vampires/martiens pour faire avancer le récit.
Un cinéaste avec autant de références clairement assumées et conscient de sa mise en scène invite forcement à la comparaison de ses œuvres les unes avec les autres.
C’est ce que je me proposerai prochainement de faire en comparant Assaut et Ghosts of Mars, le premier étant un remake apocalyptique de Rio Bravo de Hawks et le second étant un une parabole horrifique reprenant la même structure que rio bravo et Assaut.

 

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