Interviews de l'équipe du film Ouvert 24/7

Publié le par Avenue de l'horreur

Ouvert 24 7

 

Pour notre première interview c'est notre chroniqueur Billy Loomis (Pierre C.) qui est parti à la rencontre de l'équipe du film français Ouvert 24/7. Partez à la rencontre le réalisateur Thierry Paya, le scénariste Colin Vettier et l'actrice Morgane Housset...qui nous offre une belle réalisation!

 

 

THIERRY PAYA

Avenue de l'horreur : Bonjour Thierry ! Avant "Ouvert 24/7", tu as réalisé plusieurs court-métrages, le plus récent se nomme "Jogging", écrit par Colin VETTIER. Peux-tu nous en dire plus sur ce projet ?


Thierry PAYA : "Jogging", c'est le début d'une vraie aventure pour moi en tant que réalisateur ! La rencontre avec Colin VETTIER, bien sûr, mais aussi avec plein de passionnés qui sont venus pendant ces deux jours de tournage. Certains marqueront les esprits par la suite, je pense notamment à Maxime MATHIS (Devenu monteur sur "Ouvert 24/7") et à Maud GALET-LALANDE, que l'on ne présente plus. Un bon court-métrage, c'est avant tout une bonne chute: Colin VETTIER a donc écrit le pitch du court-métrage idéal, spécialement pour moi !


Passer du court au long-métrage paraît logique, mais l’expérience a t’elle été la même ?


Eh bien non ! Ce n'est pas la même chose du tout, puisque tout est démultiplié. Mais si l’on a trop peur de l'ampleur du travail sur le long terme, on peut toujours se dire que l’enchaînement des scènes n’est qu'une succession de court-métrages !


Pendant un tournage, on peut connaître des joies et des peines. Comment celui de "Ouvert 24/7" s’est-il déroulé ?

Pour ma part, le plus souvent dans la joie ! Je fais du cinéma pour me faire plaisir avant tout, et je suis entouré de gens avec qui je me sens bien ! Après, le facteur humain étant très important sur un tournage, voir primordial, il est évident que tout n'a pas toujours été facile... Mais je ne pourrais pas appeler cela des peines.


Sans être un grand amateur de cinéma indépendant de genre, j’ai passé un très bon moment devant le film, la réalisation en caméra DV peut me gêner, mais ici rien ! Y a-t’il eu un plus côté image ?

Et bien, voilà qui me fait très plaisir ! Et surtout, celà risque fort d’enchanter Norbert MOLLICONE, le directeur de la photographie, qui a tout mis en œuvre pour nous offrir la lumière la plus cinématographique possible. Une chose loin d’être évidente, sachant qu'on a tourné en mini-DV et avec un seul objectif, celui d'origine de la caméra… Le travail d'étalonnage de Maxime MATHIS et les petites touches graphiques de Eric MARCIANO, sont également à saluer. L’on a vraiment gardé en tête cette optique durant tout le tournage, mais ca n'a pas toujours été facile. Bien au contraire, le manque de temps et de moyens nous a forcé à nous dépasser constamment !


Pour ce film, nous avons trois histoires différentes. As-tu rencontré des difficultés pour mettre en scène les différents thèmes ?

Pas vraiment, car j'avais vraiment trois cases bien précises que j'ai fait installer par un savant fou dans ma tête, et ces trois cases correspondaient exactement aux trois histoires du film, un véritable coup de chance ! Plus sérieusement, le scénario était très bien écrit, et Colin et moi avions beaucoup discuté avant le tournage, les difficultés sont ailleurs… Un peu comme la Vérité !


As-tu respecté à la ligne le scénario où as-tu ajouté des touches personnelles ?

J'ai bien sûr ajouté ici et là quelques petits détails pendant le tournage, mais rien de vraiment important. Il faut dire que j'étais toujours en contact avec Colin, et de toute manière, nous avions déjà ajouté pleins de petites touches perso avant.


Le casting est vraiment bon ! Comment s’est-il déroulé ?

Eh bien, il y a tellement d'actrices et d'acteurs qu'il serait trop long d'expliquer comment j'ai rencontré chacun d'entre eux. Il y avait des gens avec qui j'avais déjà travaillé, d'autres que j'ai auditionné en casting, ou encore à distance via Internet.


Récemment j’ai appris que le film avait remporté deux prix au Killer Film Fest aux Etats-Unis. Prix qui récompense l’actrice Morgane HOUSSET et le monteur Maxime MATHIS. Bravo !!
En tant que réalisateur du film, ça fait quel effet une telle reconnaissance ?


Alors, je suis très fier d'eux, bien sûr ! Et en tant que réalisateur je me dis: "Tu as fait le bon choix ! ". Il faut savoir que le Killer Film Fest avait seulement retenu huit longs-métrages, dont un seul français: le nôtre ! C'est un grand honneur ! Ensuite, le fait que le film soit vu aux Etats-Unis et qu'il ait reçu un excellent accueil, plus deux prix et pas des moindres, je le prends comme un encouragement pour la suite. Je suis vraiment heureux que ce petit film, que je qualifierais de "Fauché mais sincère et sympathique" plaise à beaucoup de gens, c'est une émotion très "particulière". L'aspect "compétition" me plait moins, ce n'est pas trop mon "truc". Je ne pense jamais à un film en terme de compétition, ce n'est qu'une "Question De Goût", après tout...


Enfin, Quels sont tes futurs projets ?

Un drame social de genre, intitulé "Errange": un "vrai" long-métrage très sombre avec beaucoup d'amour dedans…


Merci beaucoup et je te souhaite plein de bonnes choses pour tes projets à venir.

Merci à vous, et bonne continuation !



COLIN VETTIER

Avenue de l'horreur : Salut Colin, ton nom je l’ai connu en tant que chroniqueur sur le site Horreur.com et aujourd’hui te voilà au générique du film "Ouvert 24/7". Comment es-tu arrivé jusque là ?


Colin VETTIER : Ben, j'ai pris le bus jusqu'à la gare. Et puis j'ai pris le train pour aller chez Thierry PAYA. C'est que c'est pas la porte à côté, la Vallée de la Fensch ! Plus sérieusement, le chemin a été finalement très court, puisque c'est justement comme ça qu'on s'est rencontré. Il lisait les critiques que j'écrivais, et un jour il est tombé sur une de mes nouvelles ("Lésions"). On a discuté autours de ça, très longtemps (Un an, je crois…) sur Internet. Et puis je lui ai fourni l'idée de "Jogging". Il a tourné le film, et on a fini par se rencontrer bien plus tard. Il a fini par me le montrer. Et la matérialisation d'une idée, celle de "Jogging", m'a totalement ému et fasciné. Du coup, on a été manger dans un restaurant mongole et on a décidé de travailler de nouveau ensemble. C'est là qu'a commencé "Ouvert 24/7".


Au début ce n'était qu'un court-métrage, mais on avait tellement d'idées, et comme on ne savait pas si ce serait notre seul projet, on a décidé d'y mettre la sauce. Et plus on était ambitieux, plus les gens nous rejoignaient sur le projet. On a fini avec une équipe bien plus étoffée que celle de départ, et l'association Singapour 1939 Productions a multiplié ses membres... Ça a été tout de suite un plaisir de travailler avec l'association. Tous les membres d'alors (Et les nouveaux) sont vraiment des gens exceptionnels. On a envie de leur faire des câlins et de les adopter ! Bon, en réalité, c'est surtout moi qu'ils ont adopté… Puisque depuis, je m'incruste régulièrement chez Thierry ! J'y ai rencontré tout un tas de gens délicieux, alors forcément, ça donne envie d'y retourner.


Tu es un grand fan du cinéma indépendant, du film à petit budget… En dehors de ce cinéma underground et trash, apprécies-tu le cinéma de genre, disons, plus populaire ?

Aha ! Bien sûr ! Il est vrai que j'ai une sorte d'obsession pour le cinéma indépendant à petit budget. Je trouve ça tellement plus touchant que la grosse machinerie hollywoodienne. Et puis, je sais combien les mecs en chient pour faire des films, alors ça me donne une certaine perspective. Mais dans le cinéma de genre plus "populaire" je suis amateur de John CARPENTER, George ROMERO, Christopher NOLAN, Edgar WRIGHT, Clint EASTWOOD... Bon, c’est vrai que ce dernier n’est pas vraiment spécialisé dans le cinéma de genre, mais j'adore ! En fait, je regarde à peu près tout, mais je suis plus difficile avec les films sur-produits, et qui se qualifient de petits budgets alors qu'ils ont coûté cinq millions. Par contre, j'ai un peu plus de mal avec les films qui se regardent le nombril. Quand je regarde un film, j'ai pas envie qu'on me prenne pour un demeuré. L'autosatisfaction, ça ne m'intéresse pas. Quand on veut s'"autosatisfaire", le mieux, c'est de se masturber, pas de faire des films !… Tout ça fait que j'aime tant le cinéma de genre indépendant, c'est un cinéma qui a conscience de ses limites et qui s'applique à les dépasser. Donc, pour répondre à ta question, c'est oui.


L’histoire de "Ouvert 24/7" contient son lot de références, de plus on rigole pas mal ! Quelles ont été tes influences ?

Je pense qu'on peut clairement déceler l'influence d'Emile ZOLA et MONTESQUIEU ! Mon influence principale a été "De L'Esprit Des Lois". Je me le suis pris sur le cornet, et après, un bon coup de "L’Assommoir" pour se remettre les idées en place, et c'est parti ! A part ça, c'est plutôt difficile de citer des influences. Quand j'écrivais, ou que je discutais avec Thierry du film, on ne s'est pas arrêtés pour se dire: "Et si on prenait ça de tel film, et ça de tel autre ?". Ceci dit, il y a effectivement quelques clins d'œil bien sentis... On va dire que le segment le plus "influencé" est le dernier. On l'a imaginé un après-midi d'orage sur la terrasse de Thierry en écoutant la Bande Originale de "The Devil's Rejects" en boucle… Ensuite, c'est sûr que mon amour pour le cinéma décalé et fauché se ressent. Autant que l'amour de Thierry pour le grand cinéma de genre des années quatre-vingts ! Celà donne un mélange détonnant, qui ne plaira peut être pas à tout le monde...


As-tu un petit mot à dire pour nos lecteurs qui voudraient voir un jour leurs histoires portées à l’écran ?

Oui. Préparez vous à en chier dru !!! D'abord, vous allez en chier pour l'écrire. Ensuite, vous allez en chier pour le financer. Idem pour le faire financer, si vraiment vous voulez tenter de commencer par la grande porte. Après cela vous allez en chier pour le réaliser. La post-production ? La même chose ! Après vous allez en chier sévèrement pour le montrer... Que ce soit en festival ou en DVD. Je ne parle même pas de salle de cinéma. Et une fois que vous en aurez bien chié... Apprêtez vous à vous faire chier dessus ! Dit comme ça, ça à l'air d'être la merde. Ca l'est ! Mais ça vaut carrément le coup !!! Par contre, si vous faites ça pour les paillettes et pour les nanas, ne faites surtout pas scénariste. Et si en plus, vous cherchez à devenir riches, allez plutôt jouer au loto, vous aurez plus de chance de gagner le jackpot…


Merci beaucoup et je te souhaite plein de bonnes choses pour l‘avenir.

Merci. On repart déjà sur un long-métrage, "Errange". Une bande-promo devrait être disponible pour Noël.



MORGANE HOUSSET

Avenue de l'horreur : Bonjour Morgane, avant "Ouvert 24/7", je ne te connaissais pas. Pour nos lecteurs et "pour moi", peux-tu faire une petite présentation ?

Morgane HOUSSET : Bonjour, je suis originaire du sud de la France. Une fois le Bac en poche, et après un passage au Conservatoire de Toulon, je suis venue à Paris pour tenter de percer dans le cinéma. Je suis une passionnée, j'aime la vie, me donner entièrement dans un rôle, incarner, vivre un personnage. J'aime le côté humain d'une équipe de tournage, les rencontres qui embellissent la vie et l'âme...


Toujours avant "Ouvert 24/7", as-tu participé à d’autres projets ?

Avant "Ouvert 24/7", j'ai joué dans pas mal de court-métrages, dans des pilotes de séries, et sur les planches de plusieurs théâtres parisiens.


J’ai été touché par le personnage d’Anette, peux-tu me parler de ce rôle ?

Oui, bien sûr ! J'ai adoré incarner ce personnage. C'est mon plus beau rôle à ce jour ! Anette est une jeune fille autiste. Elle n'est sans doute pas née comme celà, elle l'est devenue par la force des choses, la dureté de sa vie, son enfance... Elle se réfugie dans son "monde", en visionnant à longueur de temps une comédie musicale. La vedette en est la belle Marina MOON, qui représente peut-être pour elle le modèle de femme qu'elle aimerait être... Ou bien s'imagine t-elle que Marina MOON est sa mère, absente dans le film ? Sans doute aimerait-elle avoir une maman comme elle ?


Anette est un personnage pratiquement muet: son vécu, son isolement, l'ont rendu incapable de communiquer. Le challenge était là: faire exister un personnage autrement que par les mots... Je me suis documentée sur l'autisme, pour comprendre la vision que les autistes ont de la vie, des choses, des objets... J'ai demandé au réalisateur Thierry PAYA le "degré" d'autisme d'Anette. Puis, j'ai essayé de trouver quelque chose de juste dans le corps, la démarche. J'ai voulu faire ressortir un coté lunaire et naïf... Il y a une dimension psychologique importante dans ce personnage, que j'ai voulu comprendre pour l'incarner au mieux.


Et enfin, Prix de la meilleur actrice au Killer Film Fest où une certaine Adrienne BARBEAU était aussi en lice ! Félicitations ! Comment on se sent après ça ?

Merci ! Etre nominée aux Etats-Unis face à Adrienne BARBEAU et deux autres Américaines, c'était déjà géant ! J'ai vu la plupart des films projetés au festival, et je dois dire que le niveau était très haut ! Les comédiennes nominées en face de moi étaient très bonnes, et j'étais fière, ne serait-ce que d'être parmi elles... Mais lorsqu'ils ont dit mon nom, ça a été incroyable. Presque surréaliste ! Je prends cette récompense comme un bel encouragement. Je sais que la route est encore longue... Rien n'est jamais acquis ! Je suis fière de l'équipe de "Ouvert 24/7", sans qui tout celà ne serait pas arrivé. Je remercie Thierry pour m'avoir fait confiance, le personnage d'Anette m'a vraiment marqué.


Merci beaucoup et je te souhaite une belle réussite pour la suite.

Merci beaucoup ! Bonne continuation à vous !

Interview par Billy Loomis (Pierre C.)

 

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