Critique Texas

Publié le par Avenue De L'Horreur

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Réalisé par : Tonino Valerii
Scénario de : Massimo Patrizi, Ernesto Gastaldi
Acteurs : Giuliano Gemma, Fernando Rey, Van Johnson, Warren Vanders, Antonio Casas, Benito Stefanelli
Année de production : 1969
Date de sortie en DVD/Bluray en France : 7 mai 2013 (Artus Films)
Date de sortie au cinéma en France : 18 novembre 1970
Pays : Italie / Espagne
Saga : -

Synopsis

A la fin de la guerre de Sécession, le Gouverneur des Etats-Unis échappe à un attentat Sudiste à Dallas, grâce à Bill Willer, un soldat déserteur. Peu de temps après, une nouvelle tentative réussit, et le gouverneur est assassiné. Tous les soupçons se portent alors sur Jack Donovan, un noir. Willer va tout faire pour innocenter son ami, et démêler le complot…

 

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Avis de Bikinikill

 

Et de trois ! Le voilà donc enfin ce troisième titre de la collection "western européen" de chez Artus, et non pas des moindres, puisque la maison d'édition nous gratifie ici de l'un des meilleurs films du western spaghetti de la belle époque : Texas de Tonino Valerii en version intégrale inédite, un métrage de 1969 souvent cité en référence par les cinéphiles avertis comme l'une des bobines du genre les plus dures et les mieux ficelées de cette époque-là… Excusez du peu !

NOIR C'EST NOIR…

Voici le pitch : à la fin de la guerre de Sécession, le Gouverneur des Etats-Unis (Van Johnson) échappe à un attentat Sudiste à Dallas, grâce à Bill Willer (Giuliano Gemma), un soldat déserteur. Peu de temps après, une nouvelle tentative réussit, et le gouverneur est assassiné. Tous les soupçons se portent alors sur Jack Donovan, un noir. Willer va tout faire pour innocenter son ami, et démêler le complot…

D'entrée de jeu, le scénario de la paire Ernesto Gastaldi / Massimo Patrizi place la barre assez haut sur une toile de fond politique très prégnante. Ainsi, passé la violence de l'assassinat du Gouverneur James Garfield (Van Johnson) calqué sur le vrai attentat mortel contre JFK (la ville de Dallas, la voiture remplacée par une calèche, l'épouse de Garfield couverte du sang de son mari, deux tireurs embusqués, un coupable idéal…), le script embraye vite sur une trame politique radicale en mettant en exergue les relents du racisme, les complots et la corruption dans les hautes sphères du pouvoir, le tout dans une ambiance post guerre de Sécession aux plaies encore et toujours vivaces.
Et à la différence des deux autres titres de chez Artus, Joe L’Implacable d'Antonio Margheriti et Un Train Pour Durango de Mario Caiano, Texas ne va pas emprunter la comédie, ni même un ton léger pour appréhender son sujet. Non, ici au revient aux ambiances délétères et sanglantes des premiers westerns spaghetti avec une réelle maestria (Tonino Valerii a souvent été vu comme l'élève de Sergio Leone).
Ainsi, le réalisateur va profiter du budget conséquent alloué par le producteur Bianco Manini (Un Train Pour Durango, El Chuncho) pour se donner les moyens de ses propres ambitions cinématographiques (les cadrages et les prises de vues servent à merveille la narration, l'image est soignée, le tournage a eu lieu dans les décors ayant servi à Il Etait Une Fois Dans L'Ouest de Leone…) et pour parfaitement mettre en lumière le script très sombre d'Ernesto Gastaldi et Massimo Patrizi. On a presque l'impressions que ce western-là préfigure l'ambiance des années de plomb italiennes, propres au giallo des 70's, tellement les atmosphères sont lourdes…

…IL N'Y A PLUS D'ESPOIR !

Du côté du casting, l'affaire tient aussi très bien la route; à commencer par Giuliano Gemma qui, loin de son "cabotinage" habituel tout en cascades (Un Pistolet Pour Ringo, Adios Gringo, Arizona Colt, Le Bâtard…) se cantonne ici, dans un rôle sérieux avec une retenue exemplaire. Loin d'être monolithique, le comédien déploie une palette de sentiments ambivalents et remarquables liée à son personnage (la mort de son père…), et se pose comme l'un des point forts du film.
De même, Ray Saunders est excellent dans le rôle de Donovan, un innocent condamné à tort, qui cristallise à lui seul, à cause la couleur de sa peau, tout le mal être et la violence d'une société raciste en pleine (re)contruction suite à la guerre de Sécession.
Il faut dire aussi que le scénario laisse la part belle aux personnages complexes, aux ambitions parfois inavouables, notamment pour les notables de la ville (le Sheriff Jefferson joué par le très bon Bentito Stefanelli, par exemple).
Bref, dire que Texas est seulement un film coup de poing serait un doux euphémisme tant l'œuvre dépasse son propre cadre pour nous balancer son propos ra(va)geur, radical et malheureusement intemporel.

En définitive, Texas s'avère donc être un métrage percutant et sans concession qui retranscrit à lui seul toute la violence et l'esprit rugueux de ce genre de pellicules transalpines, qui ont fait sa gloire tout au long des 60's.
Paradoxalement, quatre ans plus tard, c'est Tonino Valerii qui signera l'épitaphe du western spaghetti pur et dur via Mon Nom Est Personne (avec Harry Fonda et Terrence Hill), une bobine en forme de "film passerelle" entre le vrai western spagh' et les pantalonnades de Trinita, Malabar et compagnie.
Texas serait-il l'un des derniers vrais métrages du genre ? Peut-être bien oui…

 

4.5
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