Critique Mamá

Publié le par Avenue De L'Horreur

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Réalisé par : Andres Muschietti
Scénario de : Neil Cross, Andres Muschietti, Barbara Muschietti
Acteurs : Jessica Chastain, Nikolaj Coster-Waldau, Megan Charpentier, Javier Botet, Daniel Kash, Isabelle Nélisse, Morgan McGarry
Année de production : 2012
Date de sortie en DVD/Bluray en France : -
Date de sortie au cinéma en France : 15 mai 2013
Pays : Espagne / Canada
Saga : -
Anecdote(s) : Film tiré du court métrage Mamá (2008)

Synopsis

Il y a cinq ans, deux sœurs, Victoria et Lily, ont mystérieusement disparu, le jour où leurs parents ont été tués. Depuis, leur oncle Lucas et sa petite amie Annabel les recherchent désespérément. Tandis que les petites filles sont retrouvées dans une cabane délabrée et partent habiter chez Lucas, Annabel tente de leur réapprendre à mener une vie normale. Mais elle est de plus en plus convaincue que les deux sœurs sont suivies par une présence maléfique…

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Avis de Bikinikill

 

MAMA MIA !

Pour son second court métrage Mamá en 2008, on peut dire que le réalisateur Andres Muschietti (alias Andy Muschietti) a réussi un coup de maître !
En effet, l'homme s'est attiré les faveurs (artistiques et financières, pas sexuelles hein ?) de Guillermo Del Toro (les deux volets d'Hellboy, Le Labyrinthe De Pan, le futur Pacific Rim…) qui lui a proposé dans la foulée, d'en faire un long métrage.
Après une mise en chantier assez rapide et un budget confortable de quinze millions de dollars (Del Toro a pris la casquette de producteur exécutif en partenariat avec Universal Pictures), Mamá est arrivé en salles au début de l'année 2013 et a connu un franc succès un peu partout dans le monde, notamment à Gérardmer.

Et dès les premières minutes (d)étonnantes du film, il faut bien avouer qu'Andres Muschietti en impose avec une mise en scène bien léchée, une photographie sublime et des ambiances angoissantes bien amenées, comme dans la scène de la découverte des fillettes qui n'est pas sans rappeler L'Enfant Sauvage (1970) de François Truffaut, inspiré d'une histoire vraie, celle du petit Victor découvert dans les bois aveyronnais en 1790.
De plus, Mamá propose un pitch remarquable qui sort des sentiers battus des films de genre actuels, en mettant en avant une histoire de possession qui n'en est pas vraiment une, puisqu'elle y intègre certes le thème du fantôme, mais en y rajoutant un esprit maternel. Jugez plutôt : il y a cinq ans, deux sœurs, Victoria et Lily, ont mystérieusement disparu, le jour où leurs parents ont été tués. Depuis, leur oncle Lucas (Nikolaj Coster-Waldau, Jaime Lanister de The Game Of Thrones) et sa petite amie Annabel (Jessica Chastain) les recherchent désespérément, jusqu'au jour où les petites filles sont retrouvées dans une cabane délabrée. Lucas et Annabel vont alors tenter de leur réapprendre à mener une vie normale dans leur nouvelle maison. Mais il semblerait que les deux sœurs soient suivies par une présence maléfique…
A partir de là, Andres Muschietti va construire son film horrifique sur la base des relations entre Mamá et les fillettes, les fillettes / Annabel et Lucas, en ponctuant le tout par des atmosphères pesantes (les silences de Victoria et Lilly face à Annabel) et un rapport à l'enfance bien pensé. Il faut dire aussi que les deux jeunes héroïnes Megan Charpentier (Victoria) et Isabelle Nélisse sont tout simplement parfaites (les gesticulations "sauvages" de la petite Lilly sont saisissantes de réalisme !).
Et mine de rien, on n'a pas de mal à être captiver par Mamá et suivre pas à pas, la lente et difficile (ré)adaptation des deux enfants dans la vie réelle et de s'attacher à la relation de couple Lucas / Annabel avec l'arrivée des deux fillettes. Petit à petit, l'ambiance va devenir pesante comme une chape de plomb, puisque l'esprit de Mamá ne semble pas décidé à partager l'amour de Victoria et Lilly...

ALLÔ MAMAN BOBO…

Malgré toutes ces bonnes idées, pas mal de longueurs vont se greffer dans la narration de Mamá, si bien que la tension du film baissera petit à petit, pour se rapprocher d’un trouillomètre à l’encéphalogramme désespérément plat.
Ainsi, passée les premières apparitions du fantôme aux effets CGI très moyens (voire même un peu bâclés sur certaines scènes où l’ensemble paraît trop brouillon), il faut bien avouer qu’il ne se passe pas grand-chose de bien croustillant. Et ce ne sont pas les morts des victimes de Mamá qui vont changer la donne, vu qu'Andres Muschietti a choisi de ne se concentrer que sur ses personnages principaux, au détriment des secondaires.
De fait, leur disparition ne touchera quasiment pas le spectateur, car il n’a pas eu le temps de véritablement s’attacher à eux (on n’apprend rien sur les motivations réelles du Dr. Dreyfuss ou celles de la tante Jean, par exemple).
Qui plus est, le parti pris – ô combien louable – du réalisateur de mettre en scène le thème de la possession sous le prisme de vision maternel est certes original, mais le revers de la médaille c’est qu’on ne tremble jamais pour la vie de Victoria et Lilly, car Mamá ne cherche qu’à les protéger, qu'à les avoir avec elle, et non à les tourmenter (comme dans Amityville ou L'Exorciste, par exemple).
Ainsi, les seuls personnages véritablement "en danger" sont Annabel et Lucas. Mais ici encore Andres Muschietti n'a pas jugé bon de trop les développer en profondeur. Par exemple, après une attaque furtive de Mamá, Lucas se retrouve à l'hôpital et on ne le verra plus pendant une grosse partie du film…
C'est donc la délicieuse Jessica Chastain qui va tenir le rôle principal de Mamá, et même si la belle réussit une prestation fort honorable, on sent clairement qu'Andres Muschietti n'est pas tout à fait à l'aise dans sa direction d'acteurs, si bien que le personnage d'Annabel tardera à se dévoiler pour prendre toute son ampleur.

Mais qu'on ne s'y trompe pas, si ce métrage est bien en deçà de ce qu'on aurait pu espérer à la lecture du nom (écrit en gros) de Guillermo Del Toro sur l'affiche du film, il n'en reste pas moins original dans sa démarche et de belle facture, notamment dans ses ambiances mélancoliques et les interprétations des deux fillettes.
Andres Muschietti a su étoffer les bases de son court métrage de 2008, tout en laissant entrevoir en l'espace d'un peu plus d'une heure quarante, un remarquable potentiel artistique et un savoir faire technique qui tiennent plutôt bien la route.
Nul doute que le réalisateur puisse marcher dans les pas de son illustre mentor d'ici peu, quand il aura acquis un peu plus d'expérience et de maturité...

Au final, même si Mamá s’avère pétri de bonnes intentions et se place bien au-dessus de la moyenne pour un premier long, il faut bien avouer qu’il manque au film d'Andres Muschietti cette petite étincelle qui fait qu’il marque définitivement les esprits. Rien de rédhibitoire donc, mais force est de constater que Mamá souffre d’une baisse de rythme flagrante dans la seconde partie de sa narration, jusque dans son final qui n’en finit plus de finir (!) et que certaines ficelles sont trop convenues pour surprendre le spectateur (il faut vraiment arrêter d'en faire des caisses avec les jump scares).
Bref, ce long métrage se laisse aisément regarder, mais il est clair que l’estampillage Guillermo Del Toro lui a permis de s’ouvrir des portes qu’il n’aurait peut-être pas pu s’ouvrir lui-même (ou du moins beaucoup moins vite).
Et oui, ma’ame Chombier, le piston ça existe aussi dans le p'tit monde du cinoche !

 

3

 

 


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