Critique Les Aventures Fantastiques Du Baron Münchhausen

Publié le par Avenue De L'Horreur

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Réalisé par : Josef Von Baky
Scénario de : Erich Kästner
Acteurs : Hans Albers, Wilhelm Bendow, Brigitte Horney, Michael Bohnen, Ferdinand Marian
Année de production : 1942
Date de sortie en DVD/Bluray en France : 2 juillet 2013 (Artus Films)
Date de sortie au cinéma en France : 8 février 1944
Pays : Allemagne
Saga : -
Anecdote(s) : -

Synopsis

A la fin du XVIIIème siècle, le Baron de Münchhausen, menteur invétéré, est envoyé en mission à la cour de l’impératrice Catherine de Russie. A la suite d’imbroglios, le Baron va se retrouver en prison en Turquie. Il s’évade et atterrit à Venise, en plein carnaval. Recherché, il s’enfuit à bord d’une montgolfière en partance vers la Lune…
Deux cents ans plus tard, le Baron de Münchhausen va raconter ses aventures les plus originales et les plus farfelues.

 

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Avis de Bikinikill

ACH, ON CAZE LA TIREEEUULIREEE-EEEUH !

En 1942, l'Allemagne d'Adolf Hitler subit d'importantes défaites, notamment sur le front russe et le moral du peuple est en berne, car il comprend que le Reich de mille ans n'est pas prêt d'arriver et que les privations sont de plus en plus dures.
Pour remonter le moral des troupes et de la population, Joseph Goebbels, à l'occasion du vingt-cinquième anniversaire du studio de la UFA, décide de casser la tirelire et de faire mettre sur pied le film le plus cher de l'histoire du cinéma allemand, à hauteur de six millions et demi de Reichsmarks : Les Aventures Fantastiques Du Baron Münchhausen.

Les moyens colossaux permettent de tourner en Agfacolor (en couleur, donc), de mettre sur pied un casting de luxe avec Hans Albers, Ilse Werner, Wilhelm Bendow, Brigitte Horney, Michael Bohnen etc. et de faire appel à Emil Hasler et Otto Gülstorff pour faire des décors impressionnants de grandiloquence.
Bref, disons-le tout net : Les Aventures Fantastiques Du Baron Münchhausen est LA superproduction du cinéma allemand de l'époque !
C'est le réalisateur Josef Von Baky qui a la lourde charge de tourner le film sur un scénario de l'écrivain Erich Kästner (sous le pseudonyme de Berthold Bürger), librement adapté de la littérature allemande et du personnage historique Karl Friedrich Hieronymus Freiherr Von Münchhausen, l'un des fleurons de l'identité allemande.

LA FOLLE VIE D'UN BARON MYTHO !

Comme toute superproduction qui se respecte, Les Aventures Fantastiques Du Baron Münchhausen va d'entrée de jeu nous en mettre plein les mirettes avec sa couleur et sa scène d'ouverture en plein milieu d'un bal et d'un dîner mondain où se côtoient une bonne centaines de personnes en costumes d'époque dans une ambiance luxueuse et tape-à-l'œil. Le film doit vendre du rêve et le spectateur va en avoir pour son argent !
Ceci étant, c'est dans ces décors ultra chargés de paillettes que le personnage du baron Münchhausen prend toute son ampleur. Véritable dandy oisif et aventurier émérite, il est comme un poisson dans l'eau dans cet univers-là et ne se prive pas de conter les aventures de son ancêtre Hiéronimus à un jeune couple tout acquis à la verve de cet homme du monde…

Voici donc comment on suit les aventures rocambolesques et trépidantes de son aïeul qui reçoit des mains du magicien Cagliostro, la jeunesse éternelle, et une bague d'invisibilité.
A partir de là, le baron se met aux ordres de la tsarine Catherine de Russie pour combattre la menace turque… tout est bon pour piocher allègrement dans l'univers littéraire germanique et dépeindre les scènes les plus célèbres prêtées au vrai Karl Friedrich Hieronymus Freiherr Von Münchhausen (son pari contre le sultan, la libération de la belle Isabella d'Este etc.) afin d'amuser le spectateur à grands coup de palanquées d'effets spéciaux et de situations folles teintées d'humour (la fuite en ballon…).
Et à ce petit jeu-là, Josef Von Baky maîtrise son sujet à fond et offre des images splendides, bien aidé il est vrai, par un budget carrément pharaonique !

71 ANS ET TOUTES SES DENTS…

Evidemment, en 2013, Les Aventures Fantastiques Du Baron Münchhausen a un petit peu vieilli : les effets spéciaux remarquables pour l'époque (la rapidité du coureur, la chevauchée du boulet de canon, l'invisibilité du baron, le vieillissement prématuré de Christian…) ne le sont plus vraiment, les couleurs de l'Agfacolor sont baveuses (surtout pour le rouge) et les différentes trames sont assez convenues.
Ceci étant, il faut bien avouer que le film possède une aura d'aventure fantastique et onirique qui force le respect, grâce à ce scénario abracadabrantesque (le couple de la lune mi-humain / mi-plante…) et le talent indéniable de toute la pléiade de comédiens (Hans Albers signe ici la meilleure prestation de toute sa carrière et colle à merveille au flegme du personnage du Baron Münchhausen).
De même, certaines allusions sexuelles assez explicites et les quelques petites séquences montrant des femmes seins nus dans le harem du sultan témoignent de l'esprit novateur qui auréolait la bobine de Josef Von Baky.

Propagande nazie oblige, Les Aventures Fantastiques Du Baron Münchhausen égratignera ici et là les russes, les musulmans, l'islam etc. et se laissera aller à quelques litanies patriotiques ("on a qu'un seul pays, comme on a qu'une seule mère"), mais contre toute attente, le discours haineux restera très soft, pour ne pas dire "gentillet" (les passages qui prônent la tolérance ont été coupés au montage), ce qui vaudra à Kästner, Hippler de perdre son poste de directeur des films du Reich et d'être envoyé sur le front en tant que soldat, en raison de son engagement insuffisant dans la propagande SS.

Au final, même si on ne sait pas trop si le film se place dans la droite lignée de la propagande nazie "soft" ou si c'est un acte politique contestataire assumé avec une ode à l'ouverture de la part de Josef Von Baky et Erich Kästner, il n'en reste pas moins que malgré ses soixante et onze ans au compteur, Les Aventures Fantastiques Du Baron Münchhausen possède encore un sacré charme, certes désuet mais ô combien exceptionnel.

Le film de Josef Von Baky est une véritable pépite du cinéma allemand et se pose sans conteste comme un incontournable du genre. D'ailleurs, l'œuvre sera adaptée à de multiples reprises comme en 1961 par Karel Zeman, en 1979 par Mark Zakharov et bien sûr, en 1988 par ce bon vieux Terry Gilliam.
Allez, chevauchez votre boulet de canon, on s'en va pour la lune !

 

 

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