Critique Léolo

Publié le par Avenue De L'Horreur

Leolo

 

Réalisé par : Jean-Claude Lauzon
Acteurs : Gilbert Sicotte, Maxime Collin, Ginette Reno, Julien Guiomar, Pierre Bourgault, Giuditta Del Vecchio
Année de production : 1992
Date de sortie en DVD/Bluray en France : 2 juillet 2013 (Artus Films)
Date de première diffusion en France : 16 septembre 1992
Pays : Canada
Saga : -
Anecdote(s) : -

Synopsis

Dans un quartier pauvre de Montréal, le petit Léolo vit au sein d’une famille bizarre et arriérée dont les membres font régulièrement des séjours en hôpital psychiatrique. Pour fuir ce monde dérangé, Leolo se réfugie dans ses rêves et recrée son monde à sa manière. Ainsi, il raconte qu’il est né de l’amour de sa mère avec une tomate italienne. Lorsqu’il sort de ses rêveries, il passe son temps à épier Bianca, sa jolie voisine.

 


Avis de Bikinikill

"Parce que moi je rêve, moi, je ne suis pas"

Révélé dès 1987 avec Un Zoo La Nuit (13 prix), le réalisateur Jean-Claude Lauzon s'est imposé en l'espace de quelques années, comme un metteur en scène au savoir-faire certain, doublé d'un sens artistique acéré.
Cinq ans plus tard, il signe son second long métrage qui s'impose sans conteste comme son œuvre la plus sulfureuse et la plus barrée : Léolo.

Dans un quartier pauvre de Montréal, le petit Léolo vit au sein d’une famille bizarre et arriérée dont les membres font régulièrement des séjours en hôpital psychiatrique. Pour fuir ce monde dérangé, Leolo se réfugie dans ses rêves et recrée son monde à sa manière. Ainsi, il raconte qu’il est né de l’amour de sa mère avec une tomate italienne. Lorsqu’il sort de ses rêveries, il passe son temps à épier Bianca, sa jolie voisine.

Fable humaniste et dérangeante, Léolo prend ses racines dans la propre vie de Lauzon mais surtout dans le roman "L'Avalée Des Avalés" écrit par Réjean Ducharme en 1956 (Prix du Gouverneur Général du Canada en 1967) qui relate la vie d'un enfant perdu dans ses rêveries farfelues pour faire face à la souffrance que ses parents et les adultes lui ont imposée.

"Parce que moi je rêve, moi, je ne suis pas". C'est par ces paroles que Léolo se détache de la triste réalité de sa famille. C'est par ces paroles que l'enfant fait fi de sa mère obèse et méchante, de son frère dégénéré fan de musculation, de son père taciturne mais violent, et même de son grand-père pervers. Léolo ne veut pas leur ressembler et craint que l'hérédité ne fasse son œuvre et transforme sa "normalité" en tare familiale.
De fait, il se constitue un monde à lui, un monde de rêves dans lequel il est Leolo Lozonne, le fils d'un sicilien inconnu, qui a mis sa mère enceinte grâce à une tomate…

Un élan de poésie non contrôlé

D'entrée de jeu, Jean-Claude Lauzon met en place un film hors norme, avec une structure narrative complexe et décomplexée, à la manière des écrits de Réjean Ducharme. Léolo prend vite la forme d'un conte onirique à la poésie brute de décoffrage (la masturbation avec un morceau de foie, le viol du chat, la tentative d'assassinat du grand-père…), volontairement non canalisée qui s'oppose à la noirceur et à la mocheté du monde actuel.
Véritable pied de nez au formalisme du cinéma, le long métrage dévoile au fil de petits segments assez courts, les pulsions les plus intimes du jeune héros et de sa recherche d'évasion mentale dans les rêves.
Mais loin de dépeindre un monde fantasmé parfait, Lauzon distille un regard très noir sur la société, les liens familiaux et le rejet de soi… avec en filigrane une réalité crue et implacable.

Mais derrière l'aspect non consensuel de l'œuvre, Léolo est auréolé d'une sacrée personnalité et d'un aspect visuel bien singulier (on y retrouve un peu l'univers d'un Jean-Pierre Jeunet) qui tranche avec la violence psychologique du film, mais qui s'accorde parfaitement au côté onirique de la chose.
Et cette ambivalence-là, Jean-Claude Lauzon la maîtrise à merveille; le metteur en scène transporte (parfois par la force) le spectateur dans son film et ne le lâche jamais.
Ainsi, Léolo s'avère être un métrage poignant, dérangeant, intriguant, énervant, amusant, triste, magnifique, cru… bref, c'est un film à part entière qui s'affranchit de toutes les contraintes formelles et narratives pour dépasser le cadre de son propre sujet.
Véritable mise à nu et témoignage intimiste, cette pellicule est tout simplement fascinante !

Epitaphe.

Suite à l'accueil très mitigé de son second long métrage par la critique spécialisée lors de sa nomination officielle pour la palme d'or du festival de Cannes, Jean-Claude Lauzon a décidé de quitter le monde du cinéma pour travailler dans la publicité.
Malheureusement, l'homme ne reviendra jamais sur sa décision et Léolo restera son tout dernier film, puisque le réalisateur décèdera accidentellement dans un accident d'avion en août 1997…
Remercions donc Artus Films de nous faire (re)découvrir cette perle du cinéma canadien et de rendre un vibrant hommage à feu Jean-Claude Lauzon.



4

REAGIR

Commenter cet article