Critique Le Sang Du Vampire

Publié le par Avenue De L'Horreur

artus133.jpg

 

Réalisé par : Henry Cass
Scénario de : Jimmy Sangster
Acteurs : Donald Wolfit, Barbara Shelley, Vincent Ball, Victor Maddern, William Devlin, Andrew Faulds
Année de production : 1958
Date de sortie en DVD/Bluray en France : 4 juin 2013 (Artus Films)
Date de sortie au cinéma en France : 27 avril 1960
Pays : Royaume-Uni
Saga : -
Anecdote(s) :

Synopsis

Transylvanie, 1874. Des villageois exécutent sauvagement un homme accusé de vampirisme. Un scientifique parvient à le ressusciter grâce à une transplantation du cœur. Quelques années plus tard, on le retrouve à la tête d’un asile d’aliénés implanté dans une forteresse. Dénommé à présent Callistratus, il expérimente des transfusions sanguines sur ses patients.

 

20130528_sang_du_vampire.jpg

Avis de Bikinikill

HAMMER VS THE REST OF THE WORLD

Si Le Sang Du Vampire ne se pose pas d'emblée comme un film marquant dans l'histoire du cinéma horrifique Britannique à cause d'une censure plus que farouche, il n'en est pas de même de l'autre côté de la Manche, puisque chez nous, le métrage d'Henry Cass a n'a pas été grevé de ses scènes chocs, dès sa sortie en avril 1960.
Pour cette édition DVD, Artus Films a eu le bon goût de retrouver toutes les scènes censurées de l'époque, afin d'agrémenter cette nouvelle moture du Sang Du Vampire et de satisfaire nos appétits déviants ès pépites horrifiques…
Mais retournons en 1958 : la Hammer vient d'exploser aux yeux du monde avec des films comme Le Monstre (la toute première aventure de Quatermass en 1955), Frankenstein S'est Echappé (1956), La Revanche De Frankestein (1957) ou bien Le Cauchemar De Dracula (1958) et impose en un tour de main un style très british dans un décorum et des ambiances gothiques singulières.

Il n'en fallait pas moins pour que des petits studios voient le jour partout dans le royaume de sa gracieuse majesté, afin de se placer eux aussi, dans le sillon du studio de production précité, et tenter de se payer une belle part du gâteau.
C'est dans cette optique-là que les producteurs Robert S. Baker et Monty Berman, ont décidé de mettre sur pied dès 1958, Le Sang Du Vampire une petite série B horrifique sous la houlette de la Tempean Films, créee dix ans plus tôt.
Pour ce faire, les studios ont eu l'excellente idée de débaucher le jeune Jimmy Sangster, responsable entre autres de Frankenstein S'est Echappé, Le Cauchemar De Dracula ou Lust For A Vampire, l'un des fers de lance des scénaristes de la Hammer, et de s'attacher les services du réalisateur Henry Cass, un metteur en scène certes assez moyen, mais remarquablement polyvalent (29 Acacia Avenue, La Montagne De Verre, The Hand…).
L'homme se contentera simplement de mettre en images d'une manière très (trop ?) conventionnelle le très bon script du sieur Sangster, ô combien bien pensé et novateur pour l'époque. Jugez plutôt : Transylvanie, 1874. Des villageois exécutent sauvagement un homme accusé de vampirisme (Donald Wolfit) et l'enterre dans un coin de montagne reculée. Avec l'aide de l'ignoble Carl (Victor Maddern), un scientifique parvient à le ressusciter grâce à une transplantation du cœur. Quelques années plus tard, on le retrouve à la tête d’un asile d’aliénés implanté dans une forteresse. Dénommé à présent Callistratus, il expérimente des transfusions sanguines sur ses patients à l'aide de John Pierre (Vincent Ball), un médecin innocent, condamné à tort dans les geôles de l'ignoble scientifique.

LE CHAÎNON MANQUANT…

C'est donc dans un décor gothique et d'une jolie photographie dignes de la Hammer (le métrage a été tourné en Eastmancolor avec des couleurs rouges et vertes) que le Le Sang Du Vampire va développer sa trame ouvertement brute de décoffrage, qui empruntera beaucoup au thème du débordement scientifique et des expériences sur les êtres humains, si bien que le thème du vampire au sens littéraire du terme sera lui, relégué au second rang.
De fait, Jimmy Sangster réussi à mettre en avant le vampirisme pur et dur (la soif de sang pour la survie) via un prisme de vision axé sur la science (la séquence de la découverte des rhésus sanguins), et amène ainsi Le Sang Du Vampire à se poser comme le chaînon manquant entre les œuvres de la Hammer dédiées à Dracula (on pense au Cauchemar De Dracula et à celles de Frankestein (Frankenstein S'est Echappé, entre autres…), le tout avec une aura horrifique teinté d'érotisme soft. Joli coup…
Joli coup, d'autant plus que le scénariste s'en est donne à cœur joie dans la surenchère "sanglante" (les scènes censurées de l'époque, comme celles du tour d'horizon du laboratoire) et les séquences de domination / humiliation (les femmes enchaînées livrées à la merci de Carl) bien amenées.

De son côté, le comédien Donald Wolfit (Lawrence D'Arabie, le remake des Mains D'Orlac…) excelle dans son personnage de docteur sinistre et prêt à tout pour voler le sang de ses pauvres victime. Habitué à des grands rôles Shakespeariens au théâtre, le comédien semble ici à contre-emploi, mais révèle un talent impressionnant et une interprétation glaciale toute en justesse.
Et même, si les producteurs du film ont fait en sorte que l'aura de Bela Lugosi plane au-dessus de la prestation de Donald Wolfit (notamment dans le maquillage et le phrasé), force est de constater que l'homme porte tout le film sur ses larges épaules. Il est d'ailleurs à noter que la VF du Sang Du Vampire apporte une plue value indéniable à son personnage, puisque le doublage de Callistratus est tout bonnement parfait, et que le timbre de voix rocailleux colle parfaitement au sinistre docteur… Un bon point !
Doté d'un tempérament irascible dans la vraie vie, Donald Wolfit tire cependant aisément son épingle du jeu, à côté des autres comédiens en ton en dessous du sien.

PLUS FORT QUE LA HAMMER ?

Malgré un cahier des charges bien calibré dans l'approche artistique des personnage (Carl, l'âme damnée du docteur est un "Igor" pur jus, bossu et défiguré…), le film reste très cohérent dans son déroulement et surtout très rythmé.
De plus, la présence de la belle Barbara Shelley (Le Village Des Damnés, La Gorgone…) amène énormément de relief (érotique) à l'ensemble, tout en donnant une véritable dimension romantico dramatique au scénario de Sangster, dans son rapport avec le malheureux John Pierre.
Evidemment, certains effets paraissent datés à notre époque (le maquillage de Carl…), mais le métrage n'a pas de mal à capter l'attention du spectateur dès lors qu'on se place dans le contexte de l'époque, au début des 60's.
Petite cerise sur le gâteau, le score de Stanley Black possède pas mal d'envolées épiques et lyriques qui donnent au métrage d'Henry Cass un côté hautement grandiloquent qui n'a a rien à envier aux oeuvres de la Hammer. C'est ce qui s'appelle un sans faute…

En fin de compte, malgré son grand âge, Le Sang Du Vampire reste un film très singulier dans le cinéma de genre horrifique des 50's, puisqu'il comporte toute l'essence de l'univers de la Hammer avec une ambiance très personnelle. Il faut dire que l'excellent Donald Wolfit y est pour beaucoup, et que le scénario de l'excellent Jimmy Sangster est cousu de fil blanc pour cet acteur hors norme. CQFD, donc.
A voir et à revoir !

 

4

Commenter cet article