Critique La Nuit Des Maléfices

Publié le par Avenue De L'Horreur

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Réalisé par : Piers Haggard
Scénario de : Piers Haggard, Robert Wynne-Simmons
Acteurs : Patrick Wymark, Linda Hayden, Barry Andrews, Michele Dotrice, Wendy Padbury, Charlotte Mitchell
Année de production : 1971
Date de sortie en DVD/Bluray en France : 4 juin 2013 (Artus Films)
Date de sortie au cinéma en France : 19 juillet 1972
Pays : Royaume-Uni
Saga : -
Anecdote(s) : -

Synopsis

Angleterre, XVIIIème siècle. Dans un petit village, un jeune homme affirme avoir vu le Diable. Le juge du comté n’y prête pas attention. Mais soudain, des événements anormaux se déroulent : les villageois sombrent dans la folie, et des jeunes femmes se voient affligées de marques sur le corps. C’est alors qu’un groupe mené par la jolie Angel Blake pratique d’étranges cérémonies funèbres.

 

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Avis de Bikinikill

 

HAMMER VS TIGON

Quand on parle de films de genre issus du Royaume-Uni dans les 60's / 70's, on pense irrémédiablement à la Hammer et au décorum gothique des œuvres cinématographiques réalisées en son sein.
Et suite aux nombreux succès rencontrés par la Hammer (Le Cauchemar De Dracula…), de nombreux autres studios lui ont emboîté le pas, et ont décidé eux aussi, d'éditer à tour de bras des bobines horrifiques afin de se tailler une part du gâteau.
Parmi ces nombreuses petites structures, il y a la Tigon British Film Productions (ou Tigon) fondée par Tony Tenser en 1966 qui, en l'espace d'un peu plus de dix ans d'existence, a réussi à se faire un p'tit nom dans l'ombre de la Hammer avec des films bien sympathiques comme l'excellent Witchfinder General (Le Grand Inquisiteur) de Michael Reeves avec Vincent Price (1968), The Haunted House Of Horror (1969), The Beast In The Cellar (1970), The Creeping Flesh (1973) ou bien Blood On Satan's Claw (1971), titré chez nous La Nuit Des Maléfices.

Second film du réalisateur Piers Haggard (Le Rival De Sherlock Holmes, la série des Quatermass…),La Nuit Des Maléfices se place dans le sillage direct du cultissime Witchfinder General qui a mis au goût du jour le thème des sorcellerie et de la chasse aux sorcières dans la campagne anglaise. Mine de rien, la Tigon vient donc de trouver sa voie : ce sera celle de Satan et de la possession (The Sorcerers, Curse Of The Crimson Altar, Witchfinder General, Blood On Satan's Claw, Virgin Witch et bien d'autres encore…). Une habile manière de se démarquer de la Hammer !

SATAN L'HABITE (AHAH !)

Angleterre, XVIIIème siècle. Dans un petit village, un jeune homme affirme avoir vu le Diable. Le juge du comté n’y prête pas attention. Mais soudain, des événements anormaux se déroulent : les villageois sombrent dans la folie, et des jeunes femmes se voient affligées de marques sur le corps. C’est alors qu’un groupe mené par la jolie Angel Blake pratique d’étranges cérémonies funèbres.

Dès les premières minutes du métrage, la Tigon tient à se démarquer des pellicules de son illustre aîné, en auréolant La Nuit Des Maléfices d'une photographie à la lumière crue, volontairement blafarde et craspec. On est loin du charme gothique et du rococo de la Hammer
De plus, le film de Piers Haggard va mettre un point d'honneur à développer la quasi-totalité de ses scènes en plein jour (afin de toujours avoir la même photographie) et de jouer avec les décors extérieur (la forêt, les prés, les champs…), histoire de donner à l'ensemble un côté volontairement glauque, sale et malsain (la scène du viol dans les ruines d'une vieille église). Et le moins que l'on puisse dire c'est que ces ambiances au paganisme exacerbé marchent plutôt bien (les marques du démon sur le corps de ses victimes, les rites dans la forêt…).
De même, on notera un soin tout particulier apporté aux costumes, accessoires et décors qui collent parfaitement à l'époque du XVIIIème au sein des campagnes anglaises gangrenées par l'obscurantisme ambiant (la population se réfugie dans les exactions et la terreur).
Ainsi, seul le vicaire, le juge, le médecin et le seigneur seront à même de comprendre la situation et de combattre mal… par le mal !

A partir de là, La Nuit Des Maléfices développe sa trame "sataniste" tout en y incorporant les thèmes de la possession maléfique, des sorcières, de la chasse aux sorcières et des légendes de campagne. On pense à de nombreux films comme La Marque Du Diable et bien entendu Le Grand Inquisiteur. D'ailleurs, le personnage du juge (l'excellent Patrick Wymark) s'apparente dans une moindre mesure à ce dernier (le côté pervers et dérangé en moins), puisqu'il n'hésitera pas à violenter les disciples de la sorcière Angel Blake (le sex symbol de l'époque Linda Hayden) pour confondre la bête (la scène de la torture de Margareth) avant de s'attaquer à Behemoth, le démon griffu en personne dans un final à la limite de l'expérimental façon 70's !
Piers Haggard réussi aussi le tour de force de contrebalancer les atmosphères malsaines de son film en intégrant ici et là des séquences brutes de décoffrage et sanglantes (le scène de "chirurgie" lors de laquelle le médecin décide d'extraire la marque du diable sur le corps de la malheureuse Margareth). On sent que le réalisateur ratisse large pour toucher un public nombreux, mais l'ensemble reste assez cohérent, du moins du point de vue purement artistique.

3 EN 1

Car malgré ces bons points, il reste assez difficile de suivre tous les tenants et les aboutissants du scénario, tant il paraît décousu et se perd parfois en intrigues, sous intrigues et personnages secondaires qui deviennent principaux et vice versa !
En effet, à l'origine La Nuit Des Maléfices devait initialement prendre la forme d'une anthologie horrifique de plusieurs histoires écrites à quatre mains par Robert Wynne-Simmons et Piers Haggard reliées entre elles par un point commun. Or, c'est au dernier moment que le producteur Tony Tenser a opté pour un métrage plus traditionnel en fusionnant maladroitement les différents sketches. Voilà pourquoi certains personnages disparaissent aussi vite qu'ils apparaissent au fil des diverses intrigues du récit principal…
Passé ce petit défaut et quelques effets de maquillage patauds (les sourcils d'Angel Blake), La Nuit Des Maléfices s'avère être un film bien pensé et ô combien accrocheur qui préfigure des œuvres fortes comme The Wicker Man ou The Village, par exemple.

En fin de compte, La Nuit Des Maléfices s'inscrit dans la droite lignée des films de sorcières de la fin des 60's / début 70's et se place sans conteste comme une œuvre marquante issue du giron de la Tigon.
Rendons donc hommage à l'éditeur Artus qui nous offre ici une chance de (re)découvrir ce métrage aux multiples facettes grâce à sa nouvelle collection "Britsh Horror" !

 

3.5

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